J’ai choisi le fare Vaihere car il me semblait bien placé pour nos activités : randonnée pédestre à partir du lycée agricole vers le col des trois cocotiers et excursion en kayak jusqu’au motu Tiahura. C’est le seul hébergement qui m’a envoyé immédiatement après ma réservation un long message électronique où tout est expliqué : comment venir de l’aéroport, du bateau, ce qui est à disposition (vélos, kayaks), les activités possibles, les prix,… En particulier, pour arriver de l’aéroport, il y a trois possibilités : le transfert « organisé » (3000 XPF), le taxi (3500 XPF), et le truck, le bus local. Nous choisissons le truck, 900 XPF* pour nous trois. Pour cela, nous devons marcher 500 mètres jusqu’à l’arrêt, et attendre une bonne demi-heure le passage du bus, attaqués par les moustiques (ce détail n’était pas précisé dans le message). Le bus qui arrive est déjà presque plein, nous sommes obligés de monter nos bagages dans le bus, et ils sont particulièrement encombrants, mais le chauffeur s’arrête juste devant le fare, il suffit de demander. La propriété est constituée de quatre bungalows disséminés dans un jardin superbement entretenu par Jean-Pierre, le jardinier, au bord de la baie d’Opunohu. Chaque bungalow a pour nom un arbre voisin : manguier, badamier, avocatier, le nôtre s’appelle « uru » (l’arbre à pain). L’intérieur est magnifiquement décoré de fleurs fraîches, hibiscus, tiaré, bougainvillier. C’est presque « too much ». Philippe nous accueille avec des jus de coco frais (dans la noix), et nous présente les activités possibles. Je sens une légère crispation lorsque je lui dis que nous souhaitons faire une randonnée à pied, mais sans guide. De sa part, nous n’aurons aucune indication qui puisse nous aider… Il insiste pour que nous fassions la sortie sur le lagon pour voir les baleines le jeudi, avec un autre couple, car ce serait le meilleur jour d’après la météo. En fait, ce sera un très mauvais jour, avec du vent et des vagues, et cette sortie sera un vrai raté. Ici tout est parfait, mais tout est cher : le dîner à 3900 XPF par personne, le petit déjeuner à 1450 XPF. Aussi, nous prenons le premier dîner et le premier petit déjeuner. Ensuite Alexandre m’assure qu’il s’occupe du petit déjeuner. Et effectivement, il va à vélo avec sa sœur jusqu’à Maharepa, le centre commercial le plus proche (10 kilomètres) et achète tout le nécessaire : beurre, petites madeleines, bananes, jus de fruits ; nous avons du thé, deux pots de confiture achetés au lycée agricole d’Opunohu (ananas-banane et fleur de tiaré, délicieusement original) ; baguette fraîche à moins d’un kilomètre. Il n’y a rien à redire. Pour le deuxième dîner, nous avons recours à Allo Pizza. Nous commandons par téléphone, et sommes livrés sur place. Le troisième soir, Alexandre part à 18 heures, à vélo, avec l’idée d’acheter un poulet fumé et des frites. Il a vu un panneau au bord de la route. 18 heures 30 : il n’est pas revenu. Il faut savoir qu’ici, à 18 heures, le soleil se couche, et à 18h15, il fait nuit noire, vraiment noire. Ce soir, il a plu entre 17 heures et 18 heures. Alexandre est parti avec ses espadrilles, sans lumière sur le vélo. Il recommence à pleuvoir. La route n’est pas éclairée. On ne voit absolument rien ! Je fais les 100 pas dans la chambre. Pourquoi l’ai-je laissé partir dans ces conditions ? Annabelle, stoïque : « T’inquiète pas, il en a vu d’autres ! » 19 heures : le voilà enfin. Trempé ! Il n’a pas retrouvé son panneau « poulet fumé », mais il est très fier de nous rapporter trois burgers au thon, avec des frites. C’est très bon, mais demain, nous dînerons à nouveau au fare et apprécierons la cuisine de Corinne… Tout est parfait. Même le ménage ! Chaque jour, une femme de ménage refait les lits, et range, plie tout ce que nous laissons traîner. Après son premier passage, c’est la panique : Marmotte a disparu ! En 2008, Marmotte n’a pas eu son visa pour les Etats-Unis. J’avais encore assez d’autorité pour lui interdire le voyage. En 2011, nous avons vraiment cru qu’elle finirait ses jours dans l’avion pour Mayotte : nous l’avons récupérée in extrémis au milieu des couvertures ramassées par le personnel de bord, sous les moqueries du steward. 2015 : elle fait le voyage en Polynésie. Mais où est-elle passée ? Est-ce que la femme de ménage l’a jetée, comme elle a jeté le collier de fleurs d’Alexandre ? Annabelle : « Ce n’est pas possible ! Elle a bien dû voir quand même que c’était un doudou ! » J’hésite à aller voir Philippe pour lui demander de fouiller les poubelles… Finalement, je la retrouve sagement couchée entre les deux morceaux du pyjama d’Annabelle. Marmotte rentrera en France encore cette fois-ci ! *En Polynésie Française, l'euro n'a pas cours. On utilise le franc Pacifique, ou franc CFP, comme dans les autres collectivités françaises de l'océan Pacifique : Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna. Son cours est fixe par rapport à l'euro : 1000 XPF = 8,38 euros. Autrement-dit, en divisant par 100 un prix en XPF, on obtient une approximation par valeur supérieure assez grossière du prix en euros.