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Barre des Ecrins - Couloir Whymper

Itinéraire: Couloir Whymper

Dimanche 14 Septembre 1997

Region: Ecrins

Orientation: Nord

Difficulté: PD/E3

Dénivelé: 1000m

Durée: 2J

Participant(s): Vincent, Steph

Description:


Accès:
Grenoble->Bourg d'oisans->Monetiers les Bains->Valouise->Pré Mme Carle
Parking :
Pré Mme Carle au parking du refuge

Itinéraire:

J1: Itinéraire classique du Glacier Blanc: De pré Mme Carle suivre le sentier qui mène au refuge du glacier Blanc.
Du refuge du glacier Blanc, suivre le GR et prendre pied sur le glacier Blanc dont on longe la rive gauche pour rejoindre le refuge des Ecrins.

J2: Redescendre sur le Glacier Blanc (D- 120m) suivre la rive gauche du Glacier en direction du col des Ecrins puis prendre pied sur le glacier Blanc.
Attaquer le versant Nord d'abord sur la droite par les pentes les moins raides, en evitant le gros sérac du milieu.
Remonter en appuyant à gauche vers le centre de la face en louvoyant entre quelques grosses crevasses pour rejoindre un replat vers 3700m.
Contourner par la gauche le gros sérac du milieu et traverser au mieux pour rejoindre le pied des couloirs Whymper ou Coolidge selon les conditions.

Descente: idem dans l'autre sens

CR:


La fille d'un disparu lors de cette course m'a contacté pour lui raconter ce que je m'en rappelle.
J'en profite donc pour rentrer cette belle course avec les souvenirs qui me restent avant qu'il ne soit trop tard ;-)

Après avoir eu un entrainement intensif en Alpinisme et Cascades de glace avec le CAF, cloturé par de belles ascensions les 2 années précédentes, on s'estime assez aguéri pour sortir seuls.
Avec Vincent, pôte avec qui on faisait pas mal de ski de piste/hors-piste en compagnie de StephT, on se décide pour cette petite course d'alpi qu'est la Barre des Ecrins par une des voies les plus faciles : le couloir Coolidge ou Whymper.
45 degrés avec 2 piolets tractions, ca se fait easy... juste la traversée d'arête qui nous semble un peu plus compliquée mais bon on est des Warriors...alors !

Bon le hic c'est que Vendredi il fait bien môche à Grenoble et il neige en montagne. Connaissant un peu le problème des avalanches, cela ne nous rassure pas trop. On n'hésite. Bon on est en Septembre, les avalanches n'ont pas du tout la même ampleur qu'en hiver.
Par acquis de conscience, on téléphone au refuge des Ecrins pour savoir s'il a beaucoup neigé la bas (de Grenoble c'est pas facile de se faire une idée), et il nous apprend qu'il a tres peu neigé 5/10cms et que les conditions sont bonnes, le refuge est plein.
Donc on y va heureux.
Le samedi, on montre tranquillement au refuge apres avoir fait 2h30 de route, arnacher comme des mulets mais on est fiers et pressés d'aller découvrir cette belle montagne.

Le lendemain, on part donc plus ou moins dans les premiers mais pas trop (pas envie de faire la trace) sous un super soleil magnifique...
Il fait assez froid et on ne marche pas vite mais le peu de poudreuse ne gêne pas pour avancer: la trace est nickel à suivre.
Sur le plateau, avant que la pente ne se redresse, j'ai froid aux mains. On s'arrête quelques instants pour boire et prendre le temps de se réchauffer, une cordée nous dépasse alors.
On s'enfile dans leurs pas mais on n'avance pas trés vite. Une cordée bien plus rapide que nous, décide de nous doubler en faisant leur propre trace au dessus de nous.
Il nous reste plus qu'à faire une longue traversée vers la droite pour rejoindre le pied du couloir Coolidge et de le remonter.
On profite à maximum de la trace qui mène au Dome des Ecrins...

D'un coup, sans prémisse, sans fissure annonciatrice ou whaouf caractéristique, juste au dessus de nous, une large plaque peu épaisse est déclenchée surement par la cordée qui était au dessus mais sans certitude vu que tout le monde peut déclencher une plaque à distance...
La cordée plus haut dévale la pente dans la coulée et essaie de s'accrocher désespérément avec leurs piolets, je vois toujours l'image du mec tapant et retapant avec son piolet pour essayer de l'ancrer sans succès...
Les cordées de devant sont emportées. Je suis en dehors de l'avalanche et je me me jette au sol sur mon piolet en attendant que la corde se tende car Vincent a été emporté aussi.
Heureusement (pas vraiment sûr de le retenir),il s'est arrêté tout seul n'étant qu'en lisière de la coulée.
Tout s'est passé très vite ensuite: les guides sur place ont pris les choses en main, la coulée a projeté les gens dans une crevasse.
Il fallait aller les chercher et les remonter à coup de mouflages. Quand on est arrivé pour les aider, il était déjà trop tard: tout était en place, un corps avait déjà été sorti, livide.
On n'avait plus rien à faire là et on est rentré par nos propres moyens en en croyant pas nos yeux : comment une petite coulée de merde pouvait avoir des conséquences aussi néfastes ?
Comment était-ce possible ? Cette course est censée être débonnaire, sans danger, ni difficultés techniques...
Certains y emmènent leurs enfants vu qu'elle est quand même magnifique, y voir les couchers ou levers de soleil y est grandiose.
De retour à la voiture , le ballet des hélicoptères continuait encore... surement pour évacuer ceux qui étaient au Dôme..
On apprendra par les journeaux qu'il y a eu 4 morts parmi les 9 emportés et parmi les 5 rescapés, tous mirent du temps à s'en remettre lorsqu'il s'en sont remis d'après Vincent qui avait des amis qui connaissait une victime.
Les questions sont toujours là comme à chaque avalanche. La chance a été de mon coté, si je n'avais pas eu froid aux mains, je serais p'tet mort...